J’ai avalé mon histoire comme j’ai mangé la tienne, Poète, Sculpteur ou Peintre d’éternité au présent… Quel repas, dis-tu, avons-nous partagé ? À quand, et avec qui , le prochain ? On verra... On lira ... | Marie-Thérèse PEYRIN - Janvier 2015
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ETATS DES YEUX | Octobre 2022 | Lettre à Sabine HUYNH | à propos de son livre ELVIS À LA RADIO

 

Sabine HUYNH Elvis à la radio

Une mère ou plusieurs... Une fille ou plusieurs...

Une sœur ou plusieurs... Une femme ou plusieurs...

et puis toi...

 

Chère Sabine,

    Qu’imagines-tu ? Que te lire peut me faire mal ?  Ce n’est pas ma vérité du jour vois-tu. Il faut que je t’explique un peu, au risque de t’encombrer avec mes mots surgis, non du vide, mais des cinquante premières pages de ton livre lu d’une manière gloutonne, anxieuse d’en perdre une miette car je suis désireuse de te témoigner mon enthousiasme, ma joie même qu’un tel texte existe et que je viens de le rencontrer. Je m’étais figuré un livre peu épais, la couverture est trompeuse sur les images internet, et pourtant, il est presque aussi gros que ton Anne Sexton Tu vis ou tu meurs... dont les caractères sont plus larges... C’est ma première bonne surprise, les poèmes du classeur « noir » aux quatre anneaux fiables, ne pouvaient suffire à contenir toute ta colère, tout ton amour, toute ta puissance d’écriture face au destin, face à la vie, face à tout  et à tout moment. J’attendais ton livre radio guidé, dans ta prose bilingue.  J’attendais ta parole impérieuse au milieu de tous les analgésiques de la bienséance. J’attendais que des femmes comme toi ou Annie Ernaux  que tu cites dès le début (et tu ne pouvais pas savoir que Nobel elle aurait...) et bien d’autres qu’on fait semblant de ne pas entendre pour ne pas déranger l’ordre des convenances et le théâtre cruel des assignations au silence. J’attendais un tel livre de toi, et il est là, dans mes mains, « à vif », je sais que je vais  finir de le lire en apnée. Les mots affluent dans ma tête mais je veux d’abord accueillir les tiens. Déjà de beaux passages que j’ai surlignés, je les rejoindrai après. Il faut que je calme ma lecture, que je l’apaise en triant mes émotions comme on trie du linge, du plus sanglant au plus immaculé. Je dois sentir l’odeur d’une lessive maternelle pour te rejoindre et mes propres souvenirs d’enfance et d’adolescence, si différents, si protégés par des parents traumatisés depuis l’enfance mais  qui se sont consolés mutuellement. Unique et universelle, surgissant d’une sorte de gouffre de mémoire irritée, ta parole me donne le pouvoir de m’adresser à mon être intérieur. Je n’en suis même pas étonnée. J’attendais ton livre, vraiment. Le colibri* que tu es, ne pouvait que savoir éteindre un peu l'incendie à force de phrases et d'écriture...

A plus tard. Avec mon affection.

Vendredi 21 Octobre 2022, 19H31

 

*

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »